Les cahiers continuent ...

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Annette Pisier, née Corrard des Essarts
Annette Pisier, née Corrard des Essarts - Amé

Alors qu'elle prend sa retraite, Annette Corrard des Essarts, fille cadette de Gabriel, laquelle avait aidé son père à rédiger les dernières pages de ses cahiers lorsque sa maladie lui rendait l'écriture de plus en plus difficile, reprend le flambeau ... Elle n'aura malheureusement pas la même longévité, emportée par une cruelle maladie en 1993.

C'est en hommage à ma chère grand-mère qu'à la suite de la retranscription des cahiers, je m'attache à retranscrire la partie qu'elle avait elle-même rédigée, apportant à son tour sa vision et des détails oubliés.

Introduction

1988 - 1989

C'est très difficile mon cher Père d'écrire après toi, et je n'ai jamais eu le courage de le faire. Voici qu'une nouvelle génération est apparue : Anne-Charlotte, la fille de Philippe et Frédérique, Charles-Antoine, le fils de Martin et Soizic. Il me reste peut-être peu de temps à vivre [NDW : 4 ans seulement à peine, hélas], il faut donc essayer de retracer pour eux la vie de leurs prédécesseurs

Après ta disparition, trois "bêtes de femmes", comme tu aurais dit, sont restées en plein désarroi, mais au fond de leur coeur reste gravé avec force et à jamais ton image. elle est présente dans toutes nos périgrinations : toutes les garnisons où nous avons eu la chance de te suivre, toutes nos vacances d'enfants à Brunoy où tu venais nous rejoindre, puis à Lunéville après le passage à Nancy.

Merci de tout ce qui a fait notre vie, grâce à toi et à Maman qui avez su nous faire bénéficier d'une vie familiale unie, remplie de joie et d'affection.

Wiesbaden

1919 - 1922

Les officiers du 14° Régiment de Chasseurs en occupation - Wiesbaden 1920
Les officiers du 14° Régiment de Chasseurs
en occupation - Wiesbaden 1920
(cliquer sur l'image puis la flèche > pour voir les noms au verso)

[NDW : le Lieutenant-colonel Corrard des Essarts est alors affecté au 14ème Régiment de Chasseurs à Cheval, au sein des troupes d'occupation.]

Extrait de l'Historique du 14ème Régiment de Chasseurs à cheval - 1914 - 1918 chez Lavauzelle (p 13) :

Reconstitution du régiment.
Au début de 1919, les 1er, 2ème , et 4ème escadrons se portaient vers Diez-an-der-Lahn vers la tête de pont de Coblence.
Le 12 mars 1919, tous les éléments du 14ème chasseurs étaient réunis à Wiesbaden, sous le commandement du chef d'escadrons CORRARD des ESSARTS. Désigné pour faire partie des troupes d'occupation, à l'avant-garde de l'armée française, le 14ème chasseurs, fidèle, à sa tradition et à son histoire, reste, suivant l'expression de son ancien chef, le général BARATIER, « toujours prêt pour la gloire comme pour la peine, toujours prêt pour le sacrifice »

[NDW : l'officier au 2° rang, 3° en partant de la gauche sur la photo des officiers du 14ème Chasseurs, ci-dessus, est le Capitaine Henri Navarre, futur commandant du corps expéditionnaire en Indochine.]

Maison Corrard des Essarts - 6 Rheinstrasse Wiesbaden 1919 - 1922
Maison Corrard des Essarts
6 Rheinstrasse Wiesbaden

Jean, Annette, Françoise sur le perron du 6 Rheinstrasse Wiesbaden janvier 1920
Jean, Annette, Françoise sur le perron
Janvier 1920

J'ai peu de souvenirs et je ne peux que relater ce que j'ai entendu raconter. Toutefois, lorsque j'étais à Achern [NDW : Annette Pisier a travaillé, après guerre, dans les services sociaux des armées à Achern.], je suis allé à Wiesbaden repérer la maison où nous habitions, 6 Rheinstrasse.

C'est une grande maison style allemand, au milieu d'un jardin. Elle est devenue un café ; j'y ai bu une "petite bière" et regardé les pièces sans rien reconnaître. Lorsque nous y habitions, les chevaux de Papa étaient dans une écurie dans le jardin et il fallait aller tenir compagnie à "Dingo" lorsque son compagnon d'écurie était sorti avec Papa.

C'est à Wiesbaden que nous avons eu "Freya", une jolie chienne setter irlandais, qui nous a suivis jusqu'à Lunéville, où elle est morte en 1932. [NDW : Freya était connue dans la famille comme allant se gaver de fraises qu'elle cueillait délicatement dans le potager de Brunoy lorsqu'elle y séjournait.]

Jean, Annette et Françoise Corrard des Essarts - Wiesbaden
Jean, Annette et Françoise - Wiesbaden

Annette Corrard des Essarts, Nicole et Chantal de Saxcé Wiesbaden avril 1920
Annette, entourée de Chantal et Nicole
de Saxcé - Avril 1920

Je me souviens très bien d'un magnifique arbre de Noël offert aux enfants de la garnison, je me souviens des oeufs de Pâques de toutes les couleurs que Françoise et Jean faisaient rouler le long de la maison où il y avait un petit trottoir.

Puis je me souviens des amies, Nicole et Chantal de Saxcé, chez lesquelles j'allais jouer. Un souvenir précis d'enfant : le crochet qui remplaçait le bras perdu à la guerre du Général de Juvigny, lorsque je jouais avec Gilles (tué en 1945 à Sion), il nous attrapait avec son crochet !

C'est à Wiesbaden qu'est né et mort, deux jours après sa naissance Claude, le second fils de mes parents : tristesse et chagrin dont je ne me suis pas rendu-compte à ce moment-là.

De nombreuses autres photos à voir ci-dessous ... cliquer pour les agrandir.

Jean, Annette (dans sa poussette) et Françoise Corrard des Essarts - Wiesbaden Jean, Annette et Françoise Corrard des Essarts - Wiesbaden Mie, Jean, Annette et Musotte ? (c'est quoi comme animal ?)- Wiesbaden Annette avril 1920 - Wiesbaden Annette Corrard des Essarts et Gilles de Juvigny - Wiesbaden 1921 Françoise et Jean Corrard des Essarts avec la chienne setter irlandais Freya - Wiesbaden Jean, jardin de Wiesbaden côté MargengerStrasse Ba avec Françoise et Jean au champ de course d'Erbencheim (?) Françoise et Jean au champ de course d'Erbencheim (?) avec leur père et deux cavaliers Jean à cheval tenu en main par son père au champ de course d'Erbencheim (?) - Françoise lui garde son chapeau Promenade en bateau sur le Rhin en juin 1920 vers le rocher de la Loreleï Promenade en bateau sur le Rhin en juin 1920 vers le rocher de la Loreleï - Françoise au bastingage Promenade à Coblence - Françoise, Jean et leurs parents Françoise Corrard des Essarts - Années 20 - Wiesbaden Wiesbaden 11 mai 1922 Première communion Françoise ?

Fontainebleau

1922 - 1923

Ecole Supérieure et d'Application de l'Artillerie et du Génie, Fontainebleau
Ecole Supérieure et d'Application de l'Artillerie et du Génie, Fontainebleau

Et voilà toute la famille partie pour Fontainebleau, où mon père devait suivre un cours d'Artilleur (durée une année scolaire.

[NDW : Après Wiesbaden le Lieutenant-colonel Corrard des Essarts prend en 1922 le commandement du 2ème Régiment de Chasseurs d'Afrique à Oujda, au Maroc, à la dissolution du régiment, il effectue un court séjour à Sfax en Tunisie au 4ème Régiment de Spahis avant de rejoindre Fontainebleau, la famille est a priori restée en France ce court laps de temps, elle suivra plus tard au Maroc.]

Nous habitions rue de l'arbre sec, dans une maison située dans le parc d'une grande propriété appartenant à la famille Bouloche. Françoise y a fait sa profession de foi (communion solennelle à l"époque) à l'église St Louis de Fontainebleau. Jean y a été opéré d'urgence de l"appendicite. J'y ai de vagues souvenirs : la joie d'accueillir mon père à la porte d'entrée au bout du jardin, et de revenir jusqu'à la maison son képi sur ma tête. Les promenades en forêt, jusqu'au chenil de la meute de chasse à courre de Mr Lebaudy, et à bicyclette où dans une descente assez forte je m'étais laissée "emballer" et où, n'écoutant que son courage de grand-frère, sautant de sa bicyclette, il m'a arrêtée.

Pendant ce séjour à Fonainebleau, j'ai fait plusieurs petits séjours à Brunoy, gâtée par ma grand-mère, mon grand-père déjà souffrant mais avec qui je jouais à la crapette, et Tante Nane et Tante Jacqueline.

Pontivy

1924-1926

Puis ce fut les grandes vacances et le départ pour Pontivy(Morbihan), où mon père prit le commandement du régiment, le 2ème Chasseurs à Cheval, avec le grade de lieutenant-colonel.

A Pontivy mes souvenirs sont plus précis. D'abord je suis allée en classe, près de la maison au cours ..... ? Françoise y était aussi dans les plus grandes classes, tandis que Jean était au collège des frères.

Mes parents habitaient un grand appartement au 1er étage d'un maison située rue Nationale, à l'angle d'une petite rue dont je ne me souviens plus du nom.

Il n'y avait pas d'électricité donc des lampes à pétrole pour s'éclairer et des lampes à gaz, pas d'eau courante (cuvette et brocs à eau), les "commodités" étaient dans la cour, quelle aventure ! Une lampe "Pigeon" à la main ! ...

Les propriétaires, Mesdemoiselles Laurens, habitaient au rez de chaussée et elles possédaient une épicerie tenue par "Thérèse" en costume de bretonne, grande et large jupe noire, tablier et coiffe. Thérèse était un "numéro", sa chambre se trouvait au second étage et on l'entendait monter d'un pas lourd et hésitant chaque soir, un litre à la main, soit disant de l'eau ! Sa bouillotte ...

Nous avons tous bien aimé Pontivy, beaucoup d'amis, des promenades aux alentours dans des chemins creux sous la pluie, ou le long du Blavet, où l'on voyait fabriquer des cordes et des cordages.

Mon père chassait aux environs avec des officiers de son régiment, la plupart bretons, possédant des terres.

Françoise et moi faisions du piano, avec Madame Langlais, la mère du Général Langlais qui fut à Dien Bien Phu (Colonel de parachutistes). Ses filles étaient de l'âge de Françoise et sont restées ses amies, surtout Madali, devenue Madame Tregoüet, demeurant à Malestroit, près de Coëtquidan. [NDW : Tante Françoise allait encore souvent la visiter, après ses retraites à la Trappe de Timadeuc, dans les années 89-92 lorsque le Général Etienne Renard commandait les écoles de Coëtquidan et dans les années 95-97 lorsque Martin et Soizic y étaient à leur tour en garnison.]

J'avais moi-même beaucoup d'amis de mon âge parmi les enfants du régiment : les de la Motte Brouvies de Vauvert, Belbèze, Beaurepaire, La Faille, Christiani et Yolande de St Royre qui avait perdu sa mère et était pensionnaireau "Château" à Pontivy - puis des amis de classe, les Boucher, Rabot.

Il y avait à Pontivy des "types" extraordinaires : un dénommé Jules Botte, un peu fou, qui parlait seul dans la rue et suivait mon père en disant " Il en a des galons ! ... Il en a des galons !" . Puis une femme toute raide, Jean me faisait croire qu'elle avait un balai dans le dos qui la faisiat se tenir droite, et je regardais avec confiance le bas de sa jupe et ses pieds voyant le manche à balai qui dépassait un peu ! J'étais bien crédule !

Mes parents avaient une "employée de maison" : Marie-Anne, en costume breton, qui changeait de maître selon les locations de l'appartement. Elle n'avait pas très bon caractère !

Puis il y avait Jean-Marie qui apportait le beurre - une magnifique motte de beurre salé délicieux - il était aussi en costume breton, avec un chapeau rond, et laissait ses sabots à l'entrée. Il était quelquefois un peu saoul, buvant beaucoup de cidre.

La grande agitation à Pontivy avait lieu au moment de la Fête Dieu, où la procession avec la paroisse "Notre-Dame de Joie" avait lieu dans toute la ville. Chaque maison était décorée, les façades tendues de grands draps blancs sur lesquels on piquait des fleurs. Le sol était couvert de parterres de fleurs et je me souviens qu'on coupait des feuilles de lierre hachées menues pour faire les bordures des parterres. Les enfants portaient presque tous des oriflammes, des bannières et les petites filles avaient des corbeilles, pendues par un ruban blanc à leur cou, remplies de pétales de fleurs (de roses surtout) qu'elles jetaient par terre devant le Saint Sacrement.

Les processions traversaient aussi la ville en chantant des cantiques, il y avait plusieurs reposoirs, et l'on allait jusqu'à l'Église Saint Joseph qui se trouvait à l'extrémité de la ville. Tout se terminait à Notre-Dame de Joie par un solennel salut du Saint Sacrement.

La soeur de mon père, Tante Elisabeth, faisait de longs séjours à la maison - elle venait de perdre son mari (Oncle Alexis), après avoir perdu son fils unique Michel, tué à la Bataille de la Marne en 1914. Tante Abeth, comme nous l'appelions, nous aimait beaucoup et nous gâtait - elle est venue avec nous à Marrakech lorsque mon père y a été muté.

En mars 1925, Maman a eu le chagrin de voir mourir son père. Nous sommes tous allés à Brunoy pou cette triste circonstance et j'y suis restée quelque temps pour distraire un peu ma grand-mère et mes tantes, bien attristées par cette disparition.

IIl y a eu encore bien des faits amusants à Pontivy : des feux follets que tout le monde allait voir sur la hauteur dessus de Pontivy - les Bretons sont très supersticieux - et ce fut toute une histoire !

Mon père nous mettait à cheval au manège, au quartier - et l'on tournait à la longe, sans selle, cela secouait durement. Il y avait chaque année la foire avec un toboggan et un tapis roulant : personne n'avait jamais vu de tapis roulant à Pontivy et les bretonnes dégringolaient à qui mieux mieux. C'était un vrai spectacle, le régal des grandes personnes civilisées !

Bal costumé classique des villes de garnison (photos ci-contre).

Puis ce fut le cinquième galon plein et la mutation pour Marrakech, au commandement du 22ème Régiment de Spahis Marocains.

Marrakech

1926-1928

Mon père est parti seul en avant à Marrakech, prendre son commandement et préparer le cantonnement de sa famille, tandis que nous passions les vacances à Brunoy.

Puis nous voilà partis : Maman, Françoise, Jean et moi, Tante Abeth et Freya - Jean a laissé son poisson rouge (Fifi l'astuce) et ses poulets nains à la garde de Tante Jacqueline.

Nous avons embarqué à Marseille sur le paquebot "Maréchal Lyautey". Il y avait trois jours de traversée - pas de malades, mer d'huile, nous allions sur le pont arrière faire sortir Freya qui était dans une niche spéciale.

Débarquement à Casablanca où mon père nous attendait, soirée et nuit à Casablanca au cercle militaire (je crois) - il me semble que nous sommes restés 48 heures sur place, avant de prendre un car pour Marrakech.

Toute une grande journée de car sous le soleil bien chaud, avec heureusement quelques arrêts pendant lesquels nous pouvions nous désaltérer avec des raisins délicieux et des oranges.

Nous sommes arrivés à la nuit à Marrakech et embarqués dans une petite voiture à cheval (tonneau) jusqu'à la maison, située dans le camp militaire.

Là, Maman a cru que la maison était les communs du logement réservé à un colonel ! - mais non - ce baraquement couvert d'un toit en tôle ondulée allait être notre maison, la cuisine était un baraquement situé dans le jardin non loin de la maison, à nouveau comme à Pontivy les "commodités" dans le jardin : petit édifice surelevé de 5 ou 6 marches ! (il le fallait bien puisque par la façade arrière les vidangeurs devaient pouvoir faire leur travail).

Un grand jardin entourait la maison, quelques palmiers, un mur couvert de géraniums grimpants roses, un amandier, des grenadiers, uen basse-cour avec écurie pour une vache, une chèvre, un âne, merveilleux ! Un potager arrosé par des "seguias" auxquelles on avait droit à tour de rôle, il fallait faire un barrage de terre à la sortie du potager pour garder l'eau le temps d'arroser, puis l'on détruisait le barrage et l'eau partait chez le voisin ... Dans certains quartiers il y avait des bagarresentre voisins à cause de ces "seguias", c'est bien évident - mais que c'était donc amusant !

Après la première installation la vie quotidienne s'est organisée.

La vie à la maison

La maison était sans étage et toute en longueur, avec cependant le bureau de mon père et la chambre de Tante Abeth qui formaient deux avancées, entourant donc une sorte de porche.

La cuisine était en dehors de la maison et l'originalité était la salle de bains, composée d'une baignoire en zinc alimenté en eau par l'extérieur, c'est à dire que les ordonnances faisaent chauffer l'eau dans la cuisine et la versaient dans un bac situé à l'extérieur, un tuyau passé dans le mur déversait l'eau dans la baignoire. Il fallait pousser des cris lorsque c'était trop chaud (on était à moitié ébouillanté) ou trop froid. Cependant c'était bien agréable de pouvoir prendre des bains.

Evidemment pas d'électricité, pas d'eau courante : il y avait une citerne à laquelle on allait chercher des brocs d'eau.

Mon père avait droit à une domesticité nombreuse : un cuisinier (Allah) un ordonnance (Mohamed), un conducteur de la voiture à cheval, puis une fatma (Majouba) qui faisait tout dans la maison. En plus il y avait la fatma "savon" qui venait faire la lessive.

Françoise et Jean furent inscrits au Lycée de Marrakech qui se trouvait loin de la maison, dans Marrakech, près de la ville arabe - il fallait les y conduire en voiture à cheval. Cela n'a pas duré très longtemps autant que je m'en souvienne, et finalement Jean est parti en pension à Rabat - chez les Pères Franciscains - et Françoise a travaillé par correspondance, avec quelques leçons particulières données par Madame Thévenin (je crois).

Quand à moi j'étais inscrite à l'école primaire de Marrakech, située au Guéliz [NDW : d'après la chef de secrétariat d'origine marocaine à Tours, cette appelation vient du fait qu'il y avait dans ce quartier une église, la chapelle des soeurs.], assez proche d la maison. Il y avait une organisation de ramassage scolaire : trois vhicules militaires, attelés chacun de deux mulets, récoltaient les enfants du Camp des Oliviers, du Camp des Grenadiers, et du Camp de la Légion et du Bureau de la Place, dont je faisais partie avec les enfants du Capitaine El Mahi (officier marocain au Régiment) et Loulou Breton, dont le père était à je ne sais quel service. Il fut d'ailleurs tué dans un accident d'avion pendant notre séjour, et c'est mon père qui dut annoncer cette triste nouvelle à Madame Breton, notre voisine.

Les trois véhicules militaires se retrouvaient à la sortie du camp et fouette cocher,les mulets au grand galop, faisaient la course, nous emmenaient jusqu'à la prison où l'on prenait les enfants des gendarmes, et l'on repartait pour l'école. Il n'y avait pas de vraie route et nous étions bien cahotés. Un spahi ou un tirailleur conduisait les mulets et il y en avait un autre qui nous surveillait à l'intérieur de la voiture et nous faisait monter et descendre. Encore bien amusant !

Et la vie s'écoulait ainsi, des mois de bonheur pour moi : de nombreuses amies de classe, et une dictée chaque matin ; à l'arrivée à la maison : le jardin, tous les animaux, les expéditions dans tout le camp militaire et jusqu'au Fort qui dominait le camp. De nombreux amis dans les enfants de la garnison : les Devouges, Deverre, Chalain, Faurebeaulieu et Cousinéry, Hussenot, etc. ...

En mai la chaleur commença, les horaires de classe furent modifiés : plus tôt le matin, sieste après le déjeuner et plus tard donc dans l'après-midi.

Maman qui avait toujours dit aimer la chaleur, n'apprécia guère les journées de Sirocco, et dès la fin des classes, mon père nous conduisit à Rabat, dans une belle villa prêtée par les Cyvock, qui eux partaient pour leurs congés en France. Nous avons donc passé les vacances et les mois les plus chauds à Rabat, où la proximité de la mer fut bien agréable.

Quelques faits marquants à Marrakech.

Je me souviens du mariage des fils du Sultan du Maroc, qui eut lieu à Marrakech. Ils étaient trois, l'un devint Mohamed V, le père du Sultan actuel (nous sommes en 1989). Les trois mariés étaient à cheval, enveloppés dans des burnous blancs, les jeunes mariées complètement cachées par des voiles blancs.

Cela se passait dans la cour intérieure du Palais du Sultan à Marrakech, il y eût un goûter somptueux, préparé sous d'immenses tentes, le Sultan (père des mariés) présidait, assis au fond de la tente et je me souviens que mon père m'avait expliqué comment faire une révérence en passant devant lui, avant de goûter au lait d'amandes douces et aux multiples pâtisseries : cornes de gazelle etc. ...

La musique du Sultan était assurée par des Marocains en gandourahs multicolores ; ils soufflaient dans des trompettes de toutes sortes, c'était une vraie cacophonie. Puis il y eut les fantasias, et là, bêtement - j'en suis encore honteuse - j'ai eu une peur bleue de ces coups de feu qui résonnaient dans cette cour intérieure ! En plein air cela fait moins peur ! J'avais 8 ans mais je n'en suis pas fière du tout.

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