
Extrait des " Cahiers de Ba "

Michel Corrard des Essarts
en tenue du 2° Chasseurs
Michel Léon (Il porte le prénom de son oncle Corrard tué à la bataille de Woerth - Reichshoffen) est le fils unique du mariage d'Alexis CORRARD des ESSARTS avec sa cousine Elisabeth CORRARD des ESSARTS, Michel est né à Paris, 148 Boulevard Magenta, le 24 avril 1892.
L'accouchement fut long et pénible ; la mère parut un instant en danger. Elle fut soignée par le Docteur Paul BOUEL, frère de Georges BOUEL, associé d'Alexis.
Ondoyé, l'enfant fut baptisé au mois d'août suivant, chez ses grands-parents maternels, à Gerbéviller, sous les noms de Michel, Léon.
Le 24 février 1894, Michel est atteint d'une grave broncho-pneumonie. Une consultation du docteur MEZRAT de Lunéville et du professeur GRAS de la Faculté de Nancy, fut nécesaire pour le sauver. Il était tombé malade chez ses grands-parents à Lunéville.
Le 21 mars 1905, il fait sa première communion à St Germain, rue Cuvier, où ses parents résident alors. Il est confirmé le lendemain.

Michel Corrard des Essarts, à 4 ans
Un air de Buster Brown
Il fait ses études dans des cours particuliers, à St Germain, à Paris, rue Pétrelle et enfin à Colombes. Etudes de français et de langues vivantes. Grâce à ses bonnes Suissesses, il parle couramment l'Allemand. Il passe ses vacances à Gerbéviller, village frontière où la proximité de nos vainqueurs de 1870 exalte son imagination patiotique. Il ne se lasse pas d'entendre raconter la mort glorieuse de son oncle Léon, tué à Froeschwiller, ainsi que les souvenirs de l'occupation allemande en Lorraine.
Ses livres préférés parlent de voyages exotiques, des récits de guerre ... De bonne heure, il fait des poésies quelque peu enfantines où apparaissent le plus souvent des idées de lutte et de mort au combat. Témoin le brouillon de celle-ci retrouvée dans ses papiers et non-datée, dédiée à sa mère :

Dessin de Michel Corrard des Essarts 1906
"Songe quel sera votre orgueil,
Mon nom sur un socle de pierre,
Parmi les lauriers et le lierre,
Avec le drapeau triomphant,
Vous serez fiers de votre enfant.
........................
Vous aurez l'orgueil suprême
Pour adoucir votre deuil.
........................
Quelle fierté pour tous deux de voir
Quand il ne sera plus d'espoir ....."
Et cette autre, écrite au moment de son départ pour la guerre de 1914, et dont il ne devait pas revenir. C'est une lettre à sa mère, laissée sous enveloppe dans sa chambre :
Pour Maman.
A ouvrir en cas de mort, sur avis du Ministère de la Guerre ou de ma lettre.
... Je t'écris peut-être en avance, quand tu liras, je serai certainement mort :
"Entends ma voix grave, caline
Redresse toi, quoique meurtrie
Devant toi la France s'incline
Ton fils est mort pour la Patrie"
Michel
Comment expliquer autrement que par une imagination exaltée sa fugue de 1909 qui va atrocement inquiéter sa famille.
Le 6 août 1909, à 17 ans, Michel quitte le domicile paternel sans avertir personne, se rend à Châlons-sur-Marne et s'engage sous le nom de Léon Weiss au 2° Régiment de Légion Etrangère à Saïda, Algérie.
Des recherches sont immédiatement entreprises par la police prévenue de même que par tous les amis de la famille. Aucun résultat, quand arrive une lettre du fugitif, implorant son pardon et demandant à être rapatrié. C'est que la vie de garnison parmi ces rudes soldats, malheureusement ivrognes et débauchés, a rapidement fait tomber son enthousiasme.
A la suite de démarches au Ministère de la Guerre, son engagement est résilié comme n'ayant pas l'âge requis par la loi.
L'année suivante, 1910, Michel s'engage au 2° Bataillon de Chasseurs à Pied, à Lunéville.
Il n'y reste que peu de temps. Les médecins le jugent incapable physiquement de supporter les fatigues de ces corps d'élite et il est envoyé au 28° de Ligne, caserne de la Pépinière8, à Paris. Il est du reste le plus souvent malade et fait de longs séjours dans les hôpitaux, dont le Val de Grâce.
Libéré en 1913, il entre comme petit employé à la banque d'Alsace -Lorraine dont L. PRUD'HON, cousin de son père est co-directeur.

Michel Corrard des Essarts, au 28° Régiment d'Infanterie
A la mobilisation de 1914, il rejoint le 28° de Ligne, mais avant de quitter sa mère, il lui recommande une jeune fille de condition modeste mais honnête dont il a le désir de faire sa femme, à son retour.
Avec son régiment, il prend part, dans les Ardennes, à la bataille des frontières ; à la retraite qui s'en suit ; à la poussée victorieuse qui mène les Allemands jusqu'à l'Aisne et la Suippe.
Le 9 septembre 1914, il est porté disparu au combat de Loivre, près Reims où les Allemands arrêtent la poursuite française. Ses parents entreprennent immédiatement des recherches désespérées pour retrouver au moins son corps.
Les renseignements sont contradictoires. Des soldats de sa compagnie l'ont vu blessé, incapable de suivre, discutant avec un soldat allemand. D'autres affirment qu'il est tombé mort d'une balle à la poitrine. Certains prétendent que, blessé, il est prisonnier ... D'autre encore qu'il est tombé près d'une meule de paille que l'on a vue en flammes dans la nuit ...
Les enquêtes dans les camps de prisonniers en Allemagne, menées à la demande du Roi d'Espagne Alphonse XIII, ne donnent aucun résultat. Comme pour son oncle Léon, on demeure donc dans l'incertitude de son sort.
Dans deux guerres contre l'Allemagne, oncle et neveu, auront donc payé de leur vie la rançon de la France. Ce n'est qu'en 1917 [NDW : 1920 d'après la fiche officielle ci-contre] que l'acte officiel de décès de Léon, Michel CORRARD des ESSARTS put être établi. Avis du Ministère de la Guerre : tué d'une balle à la poitrine. Le corps probablement incinéré par les Allemands sur le champ de bataille même.
Michel était assez grand, 1 m 73, et mince, teint mat, cheveux et yeux noirs, bonne santé depuis sa libération du régiment. Au moral, intelligent mais nerveux, impressionnable, caractère emporté, brave coeur, malgré tout, généreux.

Fiche décès de Michel Corrard des Essarts
Mobilisation générale samedi 1er août 1914 à 4 heures du soir.
Michel quitte la maison le lundi 3 août 1914, à 6 heures du matin, s'en allant seul à pied, rejoindre le 28° d'Infanterie au Fort de l'Est à Saint-Denis. Départ du 28° RI le jeudi 6 août de Saint-Denis, embarquement à minuit, vers les Ardennes. Arrivée à Rethel le 8 et marche sur la Belgique. Les 20 et 21 août, repos à Montigny-le-Tilleul, près Marchiennes (Belgique), logé chez Mr STASSE. Le régiment quitte Montigny le 21 août, à 9 heures du soir, se dirigeant vers Fontaine-l'Evêque.
Bataille les 22 et 24 puis Charleroi - Guise le 28, Marquigny le 29, Laon, Montmirail ; Le samedi 12 septembre, à Gueux puis Reims. Michel rencontre Maurice Patron, sergent au 74°, 3° Corps. Le 13 septembre, bataille de Bermericourt, puis de Loivre, où Michel tombe.
Sur tout ce qui concerne le 28e Régiment d'Infanterie, son régiment, voir le magnifique site de Mr Le Calvez et notamment la partie sur les combats de Loivre, où Michel Corrard des Essarts est tombé.
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